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Publié : 11 février 2008

Le 11 Février 2008

Mali - Projet TKLM - Carnet de route (4)



Monsieur Monzon Aly Koulibali, Maire de Sandare






















Mercredi 06 février. Départ de bonne heure en direction de la commune de Sandare pour visiter les sites ou des ouvrages hydrauliques sont prévus ou ont été installés. Le maire, Monsieur Monzon Aly Koulibali, est venu nous rendre visite à l’agence de l’eau de Douai l’année dernière. C’est un ancien directeur d’école très dynamique, à la tête de 23 villages pour une population totale de plus de 18 000 habitants. Ici la notion de commune pourrait être comparée chez nous à un canton et le village à une commune. Site 1 : visite du village de Seredji avec le troisième conseiller communal. Village situé dans une zone assez reculée. Présentation au chef du village et visite du barrage (plutôt un seuil) endommagé l’année dernière par des précipitations exceptionnelles durant la saison des pluies appelée hivernage ici. Les villageois n’avaient jamais vu cela ; il est tombé 140 mm en 5 heures alors que les précipitations annuelles se situent entre 400mm et 500mm. Même le village situé en amont de l’ouvrage a été inondé. Sous la force de l’eau, l’ouvrage a cédé et l’objectif est la reconstruction de l’ouvrage. Retour au village et discussion avec le comité villageois sus les arbres. L’ouvrage a été construit de 1996 à 2001 par les villageois avec l’aide financière de l’ancien GRDR appelé maintenant KARED (Kayes Région Développement) et les migrants (maliens installés en France qui participent au développement économique de leur village par la constructions d’ouvrages (école, centre de santé,...). Il fait 235 m de long avec une hauteur totale de 1m30. Des prélèvements pédologiques ont été réalisés pour comprendre ce qui s’est passé. Un comité de gestion, composé de trois personnes du comité villageois et de deux animateurs recrutés au village a été mis en place pour s’occuper de la maintenance de l’ouvrage. Son fonctionnement se passe de la manière suivante. En début d’hivernage, le comité de gestion prévient les villageois que les vannes vont être fermées ce qui va provoquer une plaine d’inondation sur la zone de culture située en amont de l’ouvrage. Les vannes restent fermées pendant trois jours pour bien gorger le sol. Les vannes sont ensuite ouvertes et les villageois viennent planter le riz. L’ouvrage est utilisé ainsi pendant toute la période d’hivernage et les vannes sont fermées lorsqu’il y a nécessité pour le sol. Le stockage de l’eau se fait en fonction de la croissance du riz qui peut atteindre 90 cm. La répartition du foncier c’est-à-dire des terres agricoles se fait au prorata du nombre de foyers et du nombre de membres par famille et dans ce village il y en a 72 foyers. Chaque famille a reçu, par tirage au sort une fois pour toute, une parcelle. Cette situation a créé au début des conflits d’usages car certaines familles avaient reçu des terres toujours en eau pendant la période d’hivernage. Le KARED a réglé le problème en remblayant ces secteurs La surface totale de terre agricole cultivable est de 33 ha dont 30 ha en riz. Le village a mis en place une sorte de redevance aux habitants pour l’utilisation des terres. Après chaque récolte les familles donnent 2kg de leur production qui est vendu par le comité villageois ce qu lui fait un revenu pour l’entretien de l’ouvrage. C’est le GRDR qui a appris les techniques de plantation au comité villageois qui ensuite le transmettait au reste du village. Il y a deux types de cultures ; la culture d’hivernage qui est le riz et la culture de contre saison qui est le maraîchage surtout (oignon en particulier) mais aussi le maïs considéré comme une culture de décrue. Pour réparer l’ouvrage dans de bonnes conditions un Avant Projet Détaillé (APD) a été réalisé avec unes estimation des travaux de 22 millions de francs CFA. Le KARED à leurs yeux semble mette du temps à faire les réparations. Le comité du village nous explique qu’ils est prêt à financer lui-même les travaux à condition qu’on lui dise où faire les fondations car il y a urgence avant l’hivernage. Au passage dans ce village nous notons l’absence de poules et on nous explique qu’elles ont été décimées par une maladie.

Site 2 : visite du village de Koronga avec accueil très chaleureux au son du tam tam, des chants et danses traditionnels par toute la population du village et par des seaux d’eau. On nous invite à boire dans des grands gobelets en plastic qui passe de main en main. Discussion avec le comité du village qui nous explique que l’ouvrage actuel a été financé en totalité par les migrants mais il ne marche pas bien en raison de renardage. Des trous se forment sous les fondations de l’ouvrage ce qui provoque l’effondrement du seuil. Un nouvel ouvrage plus important est en cours de finalisation. Avec l’aide du GRDR un APD a été réalisé mais le village a pris l’initiative de réaliser un seuil avec les moyens du bord en faisant travailler les enfants une fois par semaine pour aller ramasser des gabions. On nous montre les bornes qui ont été installées. Dans ce village une prise de conscience de la raréfaction de la ressource au niveau des puits a conduit le comité du village à lancer une campagne de sensibilisation auprès de la population sur des économies d’eau et à mettre en place une sorte de redevance là aussi. Ainsi, chaque année normalement les jeunes du village partent vers la ville en période non hivernale pour travailler mais cette année le comité du village leur a demandé de rester sur place pour aider à la construction de l’ouvrage et en particulier ramasser des cailloux (mouélons ici). Le comité du village a identifié qu’en main d’œuvre il fallait 25 personnes par jour (y compris le vendredi) pendant quatre mois s’ils voulaient finir l’ouvrage avant la saison des pluies. Il a donc été décidé d’instaurer une taxe de 25 000 francs CFA sur jeune qui partirait travailler en ville donc en fait pour le moment les jeunes ne sont pas partis. Leur problème c’est que deux de leur forages sont en panne et leur ressource au niveau des puits n’et disponible que jusqu’en mars. Ils doivent donc réparer les deux forages dont ils disposent pour pouvoir faire du ciment de mars à juin ce qu’ils ont décidé de faire. En attendant la fin des réparations, ils transporteront l’eau qu’ils iront chercher dans d’autres villages en charette. En remerciement pour notre venue jusqu’à eux, les villageois nous offrent un mouton maigrelet qui croit son heure arrivée et des aubergines maliennes. Etant déjà en surpoids dans le 4x4, le chauffeur l’installe sur la galerie de celui-ci et nous reprenons la route.

Site 3 : passage au village de Dialara où nous recevons là encore un accueil chaleureux au son des tam tam. Nous sommes même invitées à danser. Discussion avec le chef du village qui nous remercie de se préoccuper de ses problèmes de ressource en eau malheureusement nous ne pouvons pas visiter l’ouvrage

Site 4 : retour sur la commune de Sandaré pour discuter avec le Maire et son conseil municipal. Avant il nous offre à repas copieux composé de mouton, d’oignons et de couscous. Nous commençons la réunion en prenant le traditionnel thé vert servi en trois services successifs et de plus en plus corsé à chaque service. M le Maire explique que beaucoup de choses ont été faites avec le GRDR, qu’ils ont mis en place la commission de Gestion des Ressources Naturelles, que les études APS et APD ont été faites. Il explique également que tout ce qui a été fait l’a été dans le cadre d’une entente et d’une gouvernance locale ce qui est très important pour que ce soit accepté par tous. Il souligne que grâce à cette gouvernance, là où il y a des ouvrages, la population se mobilise. Il sort un proverbe soulignant qu’il est important de donner la parole plutôt que de parler 100 fois. Chaque membre du comité villageois est invité à prendre la parole pour expliquer comment s’est déroulé les travaux des ouvrages dans chaque site. Le choix de chaque site a été fait en assemblée générale et après la mise en place des comités de gestion dans chaque village c’est la mobilisation de la main d’œuvre qui a été faite. Ensuite chaque village a étudié la main d’oeuvre nécessaire pour construire les ouvrages. Un suivi hydraulique a été réalisé sur les puits et sur la nappe et les résultats ont été remis de l’animateur de la commission GRN. Cet animateur a reçu une formation réglementaire. Le comité de gestion s’et réuni pour établir un programme annuel. Il a assisté à une réunion à Kayes organisée par RFI. Le Maire explique qu’un compte rendu de la mission faite dans le Nord lors de sa venue en France a été réalisé au comité communal. Il explique par ailleurs que la commission GRN se réunit tous les trimestres ,que le bureau mis en place pour suivre les ouvrages se réunit une fois par mois et que les comités villageois se réunissent de manière extraordinaire. La dernière rencontre a porté sur le choix des sites et sur un programme d’acquisition et sur l’après projet (quelle gestion). C’est la commune qui assure la maîtrise d’ouvrage des ouvrages donc c’est aux villageois de se mobiliser. Au sein du conseil communal, nous notons la présence de deux femmes qui nous font part de leur point de vue. Elle explique qu’elles ont eu à comprendre comment ça marchait et souligne le rôle important joué par la commission GRN. Grâce à elle a compris comment marchait les bas fonds (lit majeur du cours d’eau) et le rôle de l’ouvrage. Elle souligne également que cela a permis à chacun de connaître sa place et de comprendre le développement de la commune avec des gens des villages. Enfin elle souligne qu’elle aime venir ici car elle comprend mieux comment ça fonctionne. La plupart des gens des commissions et du conseil communal sont illettrés donc il est important de donner une place importante dans la discussion et l’explication. Le Maire nous explique qu’au niveau du pays la maîtrise des outils législatifs est difficile et donc avoir un animateur bien au courant de ces aspects est important. Dans les années à venir, d’autres textes réglementaires vont être mis en place pour poursuivre la décentralisation en cours. Le Maire nous a expliqué qu’en tant qu’ancien directeur d’école, il avait instauré à l’école une taxe pour chaque seau d’eau utilisé afin d’apprendre aux enfants à être économe avec l’eau. Pour permettre aux handicapés et vieillards d’avoir un revenu, ils les ont chargé de la distribution de l’eau au niveau des fontaines. Ainsi chaque fontaine est facturée à un prix défini par le conseil communal. Au moment de partir nous sommes tombés sur un jeune migrant venu tout droit de Compiègne et venait rendre visite à son ancien directeur d’école M Mouzon Aly Koulibali. Il venait le remercier pour l’éducation reçu car grâce à cela il a pu apprendre le métier de d’ouvrier sur les chantiers du BTP. Aujourd’hui il travaille pour Bouygues et va passer chef de chantier. Il a l’intention à terme de monter une formation dans son village pour apprendre le métier aux jeunes. Nous sommes ensuite revenus sur Kayes à la nuit tombée.