L'État des lieux 2025 du bassin Artois-Picardie
Afin de préparer le Schéma Directeur d'aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) 2028-2033, un état des lieux du bassin Artois-Picardie a été réalisé.

Conformément à la directive-cadre sur l’eau, chaque nouveau cycle de gestion débute par un exercice d’état des lieux, qui vise à dresser un diagnostic de l’état des masses d’eau à l’échelle d’un grand bassin hydrographique.
Conformément à l’article R. 212-3 du code de l’environnement, cet état des lieux comprend une analyse des caractéristiques du bassin avec notamment :
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une évaluation de l’état des masses d’eau
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une analyse des pressions
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une évaluation du risque de non-atteinte des objectifs environnementaux d’ici la fin du cycle
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une analyse économique de l’utilisation de l’eau.
L'état des lieux a été adopté par le Comité de Bassin le 12 décembre 2025, il est composé de :
| un document central | une synthèse | annexes cartographiques |
|---|---|---|
![]() État des lieux bassin Artois-Picardie |
![]() Synthèse état des lieux |
![]() État des lieux annexes |
Cet exercice de diagnostic permet d’élaborer le schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau (SDAGE) et de dimensionner le programme de mesures associé.
Le 4ème cycle de la DCE, qui couvrira les années 2028 à 2033, sera le premier cycle à s’inscrire après l’échéance d’atteinte du bon état fixée par la DCE (2027). L’état des lieux du bassin Artois Picardie pour ce cycle a été adopté par le comité de bassin, le 12 décembre 2025.
En 2025, l’état des milieux aquatiques est le suivant :
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59% des masses d’eau de surface (plans d’eau, eaux littorales et cours d’eau) sont en état écologique moyen, ce qui en fait l’état dominant. 12 % des masses d’eau de surface sont en bon état écologique. Ce nombre a diminué depuis la dernière évaluation effectuée en 2019, lors de laquelle 22% des eaux de surface étaient en bon état écologique.
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32 % des masses d’eau de surface sont en bon état chimique.
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94 % des eaux souterraines sont en bon état quantitatif.
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12 % des masses d’eau souterraines sont en bon état chimique. 90% de l’eau potable provenant des eaux souterraines, l’évaluation affichée dans l’état des lieux est bien l’état chimique des eaux « brutes » dans les aquifères et non l’évaluation de l’état des eaux distribuées (“eau du robinet”).
A l’échelle nationale, une dégradation généralisée est constatée avec une diminution de 5 % du taux de masses d’eau en bon état écologique et de 6% sur l’état quantitatif. Ces résultats doivent collectivement nous alerter, notamment dans le contexte de l’échéance d’atteinte du bon état en 2027 fixée par la DCE.
Les risques de ne pas atteindre les objectifs environnementaux d’ici la fin du cycle sont clairement identifiés.
Les pressions identifiées sur les masses d’eau du bassin Artois-Picardie traduisent les impacts persistants des activités humaines, qui influencent directement leur état. L’ensemble du bassin est concerné par au moins une pression qui fait peser un risque sur l’atteinte du bon état.
Les principales pressions identifiées sur le bassin sont liées aux pollutions (atmosphériques, diffuses, urbaines et industrielles), aux altérations de l’hydromorphologie (modification de la morphologie naturelle, altération de la continuité ou de l’hydrologie), et également aux prélèvements.
Zoom sur les risques liés aux prélèvements d’eau
La majeure partie du territoire est actuellement en bon état quantitatif. L’état quantitatif est évalué sur la base de la capacité de recharge des nappes. Seule la nappe du carbonifère de Roubaix-Tourcoing, alimentant la Métropole européenne de Lille, est en état médiocre, du fait d’un niveau de la nappe qui reste bas. Les prélèvements actuels permettent donc globalement de maintenir des niveaux de nappes d’eau soutenables comparativement à leur recharge sur la majorité du bassin.
En revanche, les nappes sont également en relation avec les cours d’eau et leur fournissent de l’eau, dont la quantité influe sur leur état écologique, particulièrement pendant les périodes où les niveaux sont faibles (étiage). En effet, le maintien d’un débit minimal en période d’étiage est nécessaire au maintien de l’ensemble des fonctionnalités des écosystèmes aquatiques et des services qu’ils rendent. Les prélèvements dans les nappes, ainsi que sur les cours d’eau peuvent donc altérer l’état des masses d’eau de surface. Cela est évalué avec la “pression de prélèvement” sur la base d’une méthodologie nationale qui compare la consommation d’eau mensuelle au débit mensuel en période d’étiage. On considère qu’il existe un risque sur les cours d'eau lorsque les prélèvements dépassent le seuil de 20 % du débits naturel minimal en période d'étiage.
Cette pression a été calculée sur le bassin Artois Picardie, sur la base des prélèvements réels entre 2019 et 2021 (issus des redevances Agences de l’Eau – données portant sur les prélèvements >7000m3/an) pour l'ensemble des usages (eau potable, agricoles et industriels). 41 % du bassin est ainsi concerné par un risque lié aux prélèvements en raison de leurs impacts sur les cours d’eau.
Cette analyse permet d’identifier les territoires où un accompagnement prioritaire est nécessaire afin de préserver les ressources en eau sur le long terme, notamment dans la gestion des prélèvements en période de sécheresse. Au niveau des territoires, les études de volumes prélevables permettront de déterminer s’ils sont soumis à une tension structurelle et de cibler les leviers d’action adaptés.
Les risques identifiés dans l’état des lieux mettent en lumière les leviers sur lesquels nous devons agir pour prioriser les actions qui seront portées par le schémas directeur d’aménagement et de gestion de l’eau (SDAGE) et le programme de mesures associé.
Le changement climatique impacte l’état des masses d’eau
Le changement climatique affecte significativement nos écosystèmes qui voient leurs propriétés filtrantes et épuratives perturbées, en particulier à l'occasion des sécheresses, telles qu'en 2022 ou 2023. Il affecte également la disponibilité en eau et accroit les tensions sur l’accès aux ressources en eau.
On observe déjà aujourd’hui les effets du changement climatique comme le montre le graphique ci-dessous sur l’évolution des températures annuelles. Les projections climatiques à la fin de siècle mettent également en avant que la disponibilité en eau risque d’évoluer, avec notamment des périodes de sécheresse plus marquées et plus fréquents, des pluies plus importantes et intenses sur la période hivernale, et une variabilité interannuelle qui pourra être importante.
Écart de température moyenne annuelle (°C : degré celsius)
sur le bassin Artois-Picardie par rapport à la normale (1991-2020)
Le changement climatique vient accroître l'impact des pressions humaines sur la qualité des eaux, ce qui renforce la nécessité d’agir de manière efficace pour réduire ces pressions et d’anticiper dès aujourd’hui les changements à mettre en place pour permettre une gestion équilibrée des ressources en eau à l’avenir.
Des progrès accomplis sur 20 ans de politique de l’eau
Si les règles d’évaluation de la directive-cadre sur l’eau, et notamment le déclassement d’une masse d’eau par un seul de ses paramètres, sont essentielles pour la mise en œuvre de la directive à l'échelle nationale, elles masquent de réels progrès effectués.
A l'échelle du bassin Artois-Picardie, une étude a été réalisée par l'Agence de l'eau Artois-Picardie pour mieux comprendre l'évolution de la qualité de nos masses d'eau. Pour cela, les données sur des chroniques pouvant aller jusqu'à plus de 50 années ont été exploitées afin d’évaluer la tendance d’évolution de l’état écologique des eaux de surface de manière plus fine et sur le long terme.
Un indicateur appelé “distance au bon état” a été construit sur la base des données et paramètres d’état de la Directive Cadre sur l’Eau. Le but est d’évaluer le chemin qui reste à parcourir avant d’atteindre le bon état en s’appuyant sur l’évolution du nombre de paramètres qui déclassent une masse d’eau et sur l’écart entre l’objectif à atteindre et l’état actuel. Cet indicateur est sur une tendance à la baisse – donc à l’amélioration - sur le bassin. En effet, même si le bon état écologique n'est pas atteint pour de nombreuses stations, au global le nombre d'éléments déclassants diminue et les concentrations se rapprochent globalement du seuil de bon état. Sur les longues chroniques, il est noté que les macropolluants (matières en suspension, matières organiques et nutriments) se sont nettement améliorés sur les 30 dernières années.
L'ensemble des résultats de l'étude a pu être décliné au niveau des stations qualité, des masses d'eau et des SAGE afin d'apporter des éléments de diagnostic complémentaires pour la construction du futur programme de mesures, et afin d’accompagner les territoires dans la reconquête du bon état.
Les efforts engagés depuis 20 ans portent donc leurs fruits. Néanmoins, et bien que des progrès soient visibles, il est indéniable qu’ils ne sont pas suffisants et qu’il est désormais impératif d’aller plus loin.
Plusieurs exemples concrets sur les actions mises en œuvre sur le bassin qui contribuent à améliorer la qualité de l’eau sont présentés dans la « synthèse des principaux enjeux ».
Nous savons déjà que, dans le futur, l’inaction aura un coût.
Les résultats de cet état des lieux ne doivent pas être source de découragement, mais au contraire susciter une mobilisation renforcée. Sans l’engagement coordonné de l’ensemble des acteurs de l’eau, la situation serait aujourd’hui bien plus dégradée. Les actions collectives menées depuis plusieurs décennies ont permis, selon les territoires, de stabiliser l’état des masses d’eau et d’améliorer certains paramètres. Toutefois, elles n’ont pas suffi à compenser à la fois le niveau d’exigence élevé fixé par la directive-cadre sur l’eau et le maintien de pressions importantes sur les milieux aquatiques.
D’une part, il est évident que cela ne doit pas entraîner une diminution d’action de la part des acteurs : le coût de l'inaction serait bien plus élevé que celui de la poursuite des efforts engagés et les réduire aujourd'hui engendrerait des conséquences économiques, sanitaires et environnementales considérables. Les activités économiques tributaires des débits des cours d'eau et des niveaux de nappes subiraient en effet des pertes importantes ; les consommateurs supporteraient une hausse substantielle des coûts de traitement des eaux brutes ainsi que des investissements massifs ; les services écosystémiques se dégraderaient ; et les risques sanitaires s'accroîtraient de manière significative.
D’autre part, les résultats de l’état des masses d’eau sur le bassin doivent alerter sur l’impératif de renforcer les moyens mobilisés pour atteindre les objectifs de la politique de l’eau.
L'étude nationale de récupération des coûts, réalisée dans le cadre de l'état des lieux 2025, révèle deux chiffres éloquents.
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Premièrement, un déficit d'investissement (4 milliards d'euros par an à l’échelle nationale) par rapport à ce qui serait nécessaire pour garantir des services d'eau et d'assainissement performants ;
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Deuxièmement, les usages de l'eau causent des dommages évalués au niveau national à 3,8 milliards d'euros par an dont 3 milliards d'euros de services écosystémiques perdus aux milieux naturels (ex : perte de fonctionnalités des zones humides, dépenses compensatoires liées aux pollutions, etc…)
Une action globale est nécessaire et doit être maintenue pour atteindre le bon état.
Ces résultats de l’état des lieux doivent également encourager d’avantage d’actions de pédagogie et de sensibilisation, dans l’objectif de démontrer à l’ensemble des secteurs économiques les intérêts qu’ils retireraient d’une politique de l’eau plus ambitieuse. L’atteinte du bon état des masses d’eau ne peut reposer uniquement sur les acteurs de la politique de l’eau. Il est aujourd’hui nécessaire d’embarquer l’ensemble de la société vers ces objectifs.







